Grandir c’est s’ennuyer moins bien
S’ennuyer. Un moment rare et difficile à réussir.
A une époque j’étais hyper bon, je crois que c’est quand on est petit qu’on s’ennuie le mieux : je passais des heures pendu la tête en bas sur mon pieu en pensant à quand j’aurai 30 ans, que je ferai 1m80 que j’aurai une lamborghini décapotable, deux dobermans, et une femme qui ressemblerait à Jessica Rabbit. Ou alors jme roulais sur la moquette en inventant déjà les époques far west de Lego qu’on vend aujourd’hui dans des boites très cheres. Bref je savais m’ennuyer.
Atteignant la puberté, l’ennui se change en frustration : y’a bien sur la branlette, plaisir ambigü entre auto-satisfaction flash et mal de bite durable quand c’est la 7ème de la journée. Et puis avoir 15 ans en vacances dans le sud de la France ou à l’étranger, passer à côté des groupes de jeunes touristes qu’ont l’air se marrer plus que ça ne t’arrivera jamais, pendant que toi jeune homme entre deux âges, tu vas bouffer une salade de riz avec tes vieux, avant de sortir pour l’ultime promenade de la journée sur le port et déguster une gelati offerte par papa. Les boules, avec ou sans glace.
Et puis après l’ennui, c’est l’impatience. Au début du “mieux de ta vie”, l’après bac, l’appart à toi tout seul loin de chez tes parents. Seul chez moi, grande nouveauté avec une école toute aussi nouvelle et 200 potes potentiels, une vie sociale prompte à te réinventer, sans étiquette, sans “avant”, sans fantômes dans le placard. Mais ça démarre pas de suite, faut attendre, quelques jours ou semaines, et l’ennui entre quatre murs s’est changé en paquet de Camel. J’ai clopé par ennui, compulsivement, juste avant de devenir incapable de rester seul ne serait ce qu’une heure, et de continuer à acheter mes paquets de 10.
Et puis y’a d’autres formes de l’ennui, les jeux de cartes par exemple, que je conchie, à part le uno parce que c’est le seul dont je me souvienne des règles. Tandis jsuis toujours heureux de remonter des listes de MP3 d’il y a longtemps, de vieilles photos qui me mettent un peu la biffe. Autrement, il reste la bouteille, en claquer 5 à Jack ou boire des coups jusqu’à oublier pourquoi on est sorti, ce soir un blender et de la glace pilée me feront me lever de mon canap’. Ca me paraît être un hobby durable de mec qui s’ennuie, à moins que je ne me mette au polo.
Bref, j’ai le sentiment qu’en grandissant, j’ai oublié comment bien s’ennuyer, mais c’est pas bien grave vu que lundi, on en reparlera plus.
Sabri